Présentation
Alors qu’existent depuis longtemps des parcours Jazz (à l’université de Toulouse par exemple), il n’y a aujourd’hui aucun cursus universitaire consacré à la chanson. Malgré une demande considérable de la part des étudiants dans ce domaine, ce créneau n’est actuellement exploité que par un certain nombre d’organismes privés (associations, académies) qui malheureusement n’assument pas toujours cette mission avec beaucoup de professionnalisme. Néanmoins, cet engouement pour la chanson française, qui constitue aujourd’hui un véritable phénomène de mode, est visible au sein même de la plupart des grandes institutions : plusieurs enseignants-chercheurs publient régulièrement sur cette question, des colloques sont également en préparation, et de plus en plus de travaux de recherche autour de la chanson sont proposés et soutenus chaque année. Bon nombre de conservatoires (ou CEFEDEM) ont également ouvert un cursus autour des musiques actuelles.
L’université française se doit donc de participer à cet élan, sur le modèle d'un certain nombre d'universités anglo-américaines réputées qui offrent des formations de ce type (donnant accès au Master et au Doctorat). Par exemple :
The University of Queensland, Australie « BA (Honors) Popular Music »
Griffith University, Australie « BA (Honors) Popular Music »
Napier University, Edimbourg, Royaume Uni « BA Popular Music (Honors) »
University of Nothampton, Royaume Uni. « Popular Music BA, Honors »
Leeds School of Music, « BA Honors in Popular Music Studies »
Southampton Solent University, Royaume Uni « BA (honors) in popular music studies»
University of Wolverhampton, Royaume Uni « BA (honors) Popular Music »
University of Glamorgan, Cardiff, Royaume Uni « BA (honors) Popular Music »
University of Derby, Royaume Uni « BA (honors) Popular Music with Music Technology »
Manchester Metropolitan University « BA (Honors) Popular Music »
Lassalle College, Singapour, « BA (Honors) Popular Music »
Objectifs
Auteurs-compositeurs-interprètes et cursus universitaire
Depuis près de dix ans, de nombreuses écoles privées se sont développées autour de la chanson française. D'ailleurs cette dernière pourrait-elle réellement s’accommoder de la discipline universitaire ? Il est intéressant de noter que la très grande majorité des auteurs-compositeurs-interprètes (ACI) connus, assimilés de près ou de loin à la nouvelle vague de la chanson française, viennent tous de l’université (parfois parallèlement à des études au conservatoire), et n’ont jamais mis les pieds dans une école privée de chanson. C’est le cas par exemple de :
Vincent Delerm (lettres modernes à l’Université de Rouen),
Emilie Simon (musicologie à Paris IV),
Jeanne Cheral (philosophie à l'Université de Nantes),
Raphaël (hypokhâgne),
Camille (hypokhâgne, puis Sciences Po),
Mademoiselle K (musicologie à Paris IV),
Juliette (lettres, puis musicologie).
Le chanteur Benabar (qui a fréquenté un petit moment une université américaine) ou encore Benjamin Biolay (ancien élève en classe musicale dans le secondaire) n'ont jamais fréquenté non plus une école privée de formation d'ACI - pas plus qu'Alexis HK, Dominique A., Pauline Croze, Emilie Loizeau, Renan Luce ou encore Anaïs.
Ceci – à défaut de prouver l’insuffisance des formations dispensées dans certaines académies ou instituts privés consacrés à la chanson – montre bien la compatibilité entre une réussite artistique, et la mentalité, la rigueur universitaires. Il est clair que si ces ACI avaient eu la possibilité de s’inscrire dans une licence consacrée à la chanson française, la plupart l'aurait sans doute fait. Nous avons d’ailleurs conscience qu’il serait difficile pour ces institutions de rivaliser avec l'université qui – par le caractère plus prestigieux (parce que reconnu) des diplômes qu'elle délivre, ou l'exigence liée aux évaluations régulières (contrôle continu, devoirs sur table, partiels, oraux) – peut imposer un rythme de travail et une discipline plus efficaces.
Enseignants de l’université et spécialistes de la chanson
L’an dernier, le sujet imposé dans le cadre de l’option musique au baccalauréat concernait justement la chanson française, et ce sujet était bien évidemment traité par les enseignants du secondaire, qui ont été formés, ne l’oublions pas, à l'université. Le programme de Capes, quant à lui, est de plus en plus orienté vers la chanson (à travers l’épreuve de direction de chœur, l'épreuve sur dossier avec exploitation pédagogique de trois documents dont une chanson, ou encore l’épreuve d’arrangement consistant à écrire un accompagnement de chanson puis à l'interpréter vocalement devant le jury), et c’est toujours l’université qui a le soin de préparer les futurs candidats !
C'est la preuve que les enseignants d'université sont bien considérés comme des spécialistes de ce répertoire (même s'ils ne sont pas les seuls) ; d’autant plus que les nouveaux programmes de Capes – tels qu'ils sont en train d'être définis – vont très certainement être profilés encore davantage en direction de la chanson française, compte tenu des compétences requises par un futur enseignant d'Education Musicale dans le secondaire (accompagnement d’une chanson au piano, interprétation vocale, direction de chœur, harmonisation et composition de chansons avec les élèves, écriture et mise en scène de spectacles de comédie musicale).
Une des missions de l’université
Le théâtre, la musique savante ou les arts plastiques sont aujourd’hui des domaines artistiques souvent bien représentés, soutenus, valorisés par le secteur public (et c'est tant mieux). Mais peut-être la chanson française n’est-elle plus suffisamment dans ce cas, notamment face à certaines initiatives privées ou émissions de télé-réalité largement contestables. C’est bien le rôle de l’université de prendre en considération un répertoire tout aussi légitime en son sein que le jazz ou la musique ancienne. Pourquoi l'université publique aurait-elle à batailler pour revendiquer le droit d'étudier l’une des composantes importantes du patrimoine musical (la chanson française) ?
Seule l’université est capable également de motiver, d’aiguiller et de diriger ses étudiants vers le secteur de la recherche, contribuant à l’accès et à la sauvegarde d’un patrimoine culturel en grand danger. Alors qu’il y seulement trente ans, chacun connaissait la plupart des textes des grands chanteurs de l’époque (Brassens, Ferré, Barbara…), qui connaît aujourd’hui le travail de l’un des principaux chefs de file de la chanson à texte (Allain Leprest), dont l’œuvre semble malheureusement ne pas avoir le droit de cité à la radio ou à la télévision, dévolues définitivement à d’autres formes d’expression artistique ? Qui d’autre que l’université pourrait rétablir cet équilibre délicat, et garantir la conservation de ce patrimoine et de sa transmission aux générations futures – tâches qui, loin de se satisfaire d’un simple archivage de disques dans un bac de rangement, nécessitent la réflexion, l’analyse, et la pratique musicale autour du corpus en question ? C’est bien le travail de recherche du musicologue qui motive régulièrement, au fil des décennies, l’interprète à jouer un répertoire d’autrefois (citons en guise d’exemple les recherches sur la musique baroque, déterminantes pour l’essor de l’interprétation de cette musique). Et c’est bien entendu l’interprète qui permet, au fil des siècles, la connaissance, par tous, de ces œuvres musicales. Recherche et interprétation, loin d’être des activités antagonistes, ne peuvent en aucun être dissociées l’une de l’autre, au risque de devenir stériles, et c’est bien la menace encourue aujourd’hui au sein de l’université française, même si les rapprochements et les partenariats élaborés dernièrement entre quelques conservatoires, CEDEFEM et universités sont un premier pas prometteur qu’il convient de développer rapidement ; il appartient donc à l’université désormais de créer les cadres et les cursus le permettant.
Conditions d'accès
Capacité d’accueil en L1 limitée à 21 étudiants.
D’entrée en 1ère année : sur dossier et sur audition.
Admission sur dossier :
- Les Bacheliers de l'Académie de Bordeaux titulaires d'un Baccalauréat avec option Musique facultative sont prioritaires, sous réserve qu'ils effectuent une pré-inscription et déposent un dossier signalant les conditions dans lesquelles ils ont préparé cette option depuis la seconde et la note obtenue. Le collège des enseignants titulaires s'assure que les conditions requises sont bien remplies.
- Les bacheliers des autres séries de l'académie de Bordeaux justifiant de leur niveau d'étude musicale.
- Les titulaires du DAEU " A " ou de l'ESEU " A " ou d'un titre admis en dispense de l'académie de Bordeaux.
Liste des pièces à fournir pour le dossier :
Bulletins scolaires des classes de 1ère et de Terminale
Résultats du baccalauréat (épreuves anticipées ou résultats complet)
Lettre de motivation
Curriculum vitae
Copie des plus récents diplômes musicaux obtenus
D’entrée en 2ème ou 3e année :
Compétences requises dans le cadre d’un accès par la Validation des Acquis Professionnels (VAP-85) :
- Selon les règles en vigueur, au moins 5 ans d’activité professionnelle.
- Niveau de solfège : 2e cycle de conservatoire
- Ecriture d’au moins 3 chansons (paroles et musique)
- Pratique d’un instrument polyphonique : niveau 2e cycle de conservatoire
- Capacités vocales (justesse)
Secteurs d'activité
Savoir faire et compétences
- Connaissances approfondies en Histoire de la Chanson, du Jazz, de la Comédie musicale, des Musiques actuelles, de la Chanson traditionnelle et de la Musique savante, ainsi que de l’ensemble des ces répertoires (lecture et analyse détaillée de nombreuses œuvres
- Grande maîtrise des techniques musicales (solfège, transcription, harmonisation de chansons, arrangements dans des styles variés, orchestration) - niveau : 3e cycle de Conservatoire National de Région
- Acquisition d’une solide technique vocale (justesse, placement de la voix)
- Maîtrise de l’Accompagnement instrumental de chansons (piano, guitare ou accordéon) - niveau minimum : fin de 2nd cycle de Conservatoire National de Région
- Maîtrise d’une Langue étrangère (lu, parlé, écrit) et de son vocabulaire musical
- Solides connaissances de Culture générale (Histoire, Littérature, Arts plastiques, Théâtre, Cinéma)
- Expérience scénique (comédie musicale, art dramatique, expression corporelle) : jeu d’acteur, chant, initiation à la danse
- Développement de la créativité littéraire (écriture de poèmes et textes de chanson) et musical (composition)
- Acquisition des bases de l’improvisation jazz
- Connaissance des bases juridiques et institutionnelles sur la musique
- Maîtrise des outils technologiques, informatiques et multimédia de l’autoproduction (studio MIDI, édition de partitions, prise de son, montage audionumérique, pré-mastering, réalisation de livrets de CD, création d’affiches et de flyers, maintenance de sites internet, etc.)
- Acquisition de bases sur le tournage et la réalisation de clips vidéo
Parcours professionnels
Auteur-compositeur-interprète, choriste, arrangeur, orchestrateur, accompagnateur : De nombreux auteurs-compositeurs-interprètes parviennent à gagner l’équivalent d’un bon mi-temps, après une ou deux années d’expérience de passage de petites scènes en petites scènes (proposant également la vente de l’album de l’artiste à l’issue du concert). Ce cursus sera encadré et facilité par le Département de Musique qui accompagnera, dès le début, chaque étudiant tout au long de ce laborieux périple. A travers bon nombre d’initiatives - telles que les Universcènes de Bordeaux (Festival-Concours créé cette année par le Département de Musique) - l’accès aux petites scènes locales, qui constituent un véritable tremplin pour les jeunes talents, sera grandement facilité.
Enseignant de composition de chansons, arrangement, orchestration, chant, atelier choral, histoire de la chanson (en conservatoire, école de musique, association) : Les nouveaux cursus autour de la chanson et des musiques actuelles qui viennent d’être créés dans de nombreux conservatoires depuis un ou deux, vont de plus en plus faire appel à des enseignants spécialisés dans ce répertoire. Par ailleurs, il existe de nombreuses associations, académies privées, instituts de formation consacrés à la chanson, employant des intervenants trop souvent peu qualifiés dans le domaine (alors que le coût d’inscription pour l’étudiant peut dépasser les 3500 euros pas an). Sans oublier ben évidemment le secteur de l’animation musicale.
Professeur d’Education musicale et Chant choral dans le secondaire : Actuellement, le cursus de musicologie généraliste de l’université française ne développe que très peu les compétences requises chez un professeur d’Education Musicale au collège, c’est à dire :
- accompagnement d’une chanson au piano
- interprétation vocale
- direction de chœur
- harmonisation et composition de chansons avec les élèves
- écriture de spectacles de comédie musicale
Les enseignements développant ces compétences ne représentent aujourd’hui qu’une faible partie du programme de formation à l’université, ce qui contribue peut-être à l’échec relatif de certains candidats aux concours de recrutement des enseignants du secondaire (qui se révèlent trop souvent incapables de chanter correctement une chanson en s’accompagnant au piano). Cette licence contribuera donc également à la formation de ces futurs enseignants, désireux notamment de s’orienter vers la préparation du Capes d’Education Musicale et Chant Choral.
Chercheur, documentaliste, critique musical, animateur : Certains désireront également intégrer un Master Recherche, afin d’étudier ce patrimoine culturel, le collecter, l’analyser. Aujourd’hui, le théâtre, la musique savante ou les arts plastiques sont des domaines artistiques largement représentés, soutenus, valorisés par le secteur public. Peut-être la chanson française n’est-elle plus suffisamment dans ce cas, notamment face à certaines initiatives privées ou émissions de télévision largement contestables. C’est bien le rôle de l’université de s’approprier à nouveau un répertoire tout aussi légitime que le jazz ou la musique ancienne.
Futur candidat au CA (Certificat d’Aptitude) de « Musique actuelle »
Directeur artistique de label discographique, de festival, programmateur de salle de spectacles : Les filières de formation artistique et les cursus de management culturel sont certes différents, nul ne le contestera. Mais est-il besoin de rappeler que de très nombreux festivals, concours, petites salles de concerts sont gérés et présidés par des musiciens de métier ou des artistes qui n'ont jamais suivi de cursus de management ? Une des plus grandes sociétés civiles, la SACEM, n'a-t-elle pas pour Président un compositeur et chef d'orchestre (Laurent Petitgirard), qui a lui même succédé à Claude Lemesle (ancien normalien et parolier de renom) ? D'ailleurs ses sociétaires ne s'enorgueillissent-ils pas de la devise : "société gérée PAR les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique" ?
Plusieurs études prouvent que les petites salles de spectacles sont créés et administrées, dans leur très grande majorité, par des artistes professionnels ou amateurs, voire de simples mélomanes, n'ayant jamais été formés spécialement aux rouages de la gestion culturelle. A l'heure où d'aucuns mettent en doute l'intérêt de certaines filières littéraires ou artistiques – au regard des cursus plus professionnalisants de management ou de communication qui proposeraient un enseignement plus pragmatique (en d'autres termes "plus utile") – ne pourrions-nous pas supposer que la connaissance d'un répertoire, la maîtrise d'une pratique artistique sont encore plus indispensables pour l'organisation d'un événement cultuel ?
Loin de nous l'idée de fustiger à notre tour les formations de gestion, mais n'y a-t-il pas une certaine injustice à vouloir considérer que la culture, la connaissance approfondie des oeuvres, l'apprentissage d'une pratique artistique, constituent des acquis largement insuffisants pour élaborer une programmation, encadrer des interprètes et assumer une direction artistique ou même administrative ? La gestion culturelle n'implique-t-elle pas un certain charisme – capable de susciter l'estime des musiciens ou des comédiens que l'on croise – davantage le fruit d'une réelle connaissance de l'art ? Un agrégé de lettres serait-il réellement un moins bon directeur de festival de poésie, qu'un diplômé en master de communication ?
Il serait dommage de devoir absolument opposer deux formations pourtant relativement complémentaires : l’une donnant accès aux œuvres et à la pratique artistique (soupçonnée de fabriquer des chômeurs), l’autre s’inscrivant dans une optique professionnelle (même si le choix de l’école de commerce ou de la communication se résume injustement pour certains à celui de l’épice ou du boniment). C’est bien là tout l’enjeu de la réflexion entamée depuis deux ans autour de la pertinence de certaines filières jugées « non rentables ». Encore une fois, nous avons montré plus haut que la passion pour un répertoire, qui anime l’étudiant de musique, constitue le vrai moteur capable de fournir plus tard toute l’énergie nécessaire à la création d’une salle de spectacles ou d’un festival. Cette activité, qui durant les premières années, ne peut généralement pas prétendre à l’obtention de subventions importantes et à une rentabilité financière, s’apparente davantage à un sacerdoce de la part de ces « fous et allumés de musique », et rebute souvent le jeune professionnel de la gestion culturelle qui, avec son bac + 5 et son diplôme en poche, souhaiterait tant qu’à faire ne pas « travailler à l’œil » durant ces trois premières années.
Tout le problème réside dans le fait que le renoncement à une carrière d’interprète, après de nombreuses années d’étude et de pratique musicale au conservatoire et à l‘université, est trop souvent perçu comme un échec professionnel. Pourtant, ces musiciens - puisque l’on reste toujours un « musicien » (que l’on vive ou pas de son métier) - s’orientent parfois vers ces mêmes filières de gestion et de communication, et c’est justement leur réelle connaissance de l’art musical qui rendra leur action et leurs projets pertinents.
Poursuite d'études
Master Recherche, mention Arts, parcours musique.
Concours de recrutement de l'Education Nationale : CAPES, Agrégation.
Passerelles et réorientation
L’équipe pédagogique souhaitant accueillir une nouvelle promotion de Licence 1 tous les 3 ans (et suivre donc un seul groupe d’étudiants pendant 3 ans jusqu’à la fin de la Licence 3), il sera proposé, en cas de redoublement, une réorientation en Licence parcours « Musicologie et pratique artistique supérieure ».